formation

Actualités

Créer une start-up innovante pendant sa césure, l'expérience de Johan Sassi

Publié le 13 Mai 2019

Par les enseignements et les dispositifs mis en place, filière métier, alternance entrepreneuriat, Pépite, Entrepreneuriales..., Centrale Marseille offre aux étudiants un accompagnement et un climat propices à l’innovation. L’année de césure parfois considérée, à tort, comme une année de pause, peut aussi permettre de se lancer dans un projet de création d’entreprise. C’est ce qu’a fait Johan Sassi.
Il nous raconte son expérience.

Pourrais-tu nous "pitcher" ton projet : Circul'Egg ?

La France est un gros producteur d’œufs : 15 milliards y sont pondus chaque année. 40% de la production est destinée aux casseries, qui transforment ces œufs en ovoproduits que l’on retrouve dans les pâtisseries, les plats cuisinés, la restauration et nombre d’autres domaines. Le blanc et le jaune sont extraits, reste alors un déchet : la coquille. Les nouvelles lois européennes de gestion des biodéchets contraignent les casseries à trouver des solutions plus durables que celles actuellement utilisées, à savoir l’épandage et l’incinération.


 

Notre projet consiste à répondre à ce besoin en valorisant la coquille dans le cadre de l’économie circulaire. Elle est en effet riche en calcium. Or, ce minéral est indispensable à la nutrition du bétail et des poules pondeuses, dont les élevages sont situés à proximité des casseries. Les coquilles une fois traitées par un processus légal supprimant tout risque sanitaire deviennent alors une alternative au calcium issu des carrières de calcaire, tout en privilégiant le circuit court. En parallèle de la vente de complément alimentaire pour animaux, la membrane de la coquille - riche en diverses protéines et en collagène - est séparée mécaniquement et traitée dans un but de revente à l’industrie pharmaceutique.


 

Le projet est porté par deux étudiants d’AgroParisTech - Yacine KABECHE et Pierre BLANCHOT - et moi-même. 4 étudiants consacrent également leur projet ingénieur de deuxième année à notre start-up. Nous avons été lauréats de concours organisés par AgroParisTech et Polytechnique qui nous apportent depuis un suivi technique et financier. Nous avons également été récompensés au concours Coup2Boost et nommés finalistes à la fois à la JEE et au concours d’idées à la création d’entreprise Saclay.

Qu’est-ce que tu retiens de cette expérience d’entrepreneur ?

Cette expérience est extrêmement enrichissante sur de nombreux points. Cela permet notamment de se rendre compte des difficultés d'organisation du travail et de management et de l'importance des choix des priorités. En l'absence de cadre hiérarchique, on apprend également beaucoup sur soi, sa façon de travailler, les sujets qui nous posent difficulté, et ce qui nous motive ou non. Le rapport à l’échec est aussi changé : il est presque un passage obligé, il faut donc savoir limiter son impact sur sa motivation et persévérer quand nécessaire.

Par ailleurs, j'ai été particulièrement étonné par la réceptivité des acteurs, y compris des personnalités importantes telles que des directeurs de site ou des chercheurs mondialement connus, qui nous ont permis d'acquérir beaucoup de connaissances en peu de temps. Je retiens donc particulièrement l'efficacité de l'audace et l'importance du relationnel lorsque l'on porte un projet innovant.

Une fois ton diplôme d’ingénieur en poche, est-ce que tu souhaites continuer dans cette voie ?

Je considère que l'entrepreneuriat est une occasion de s'épanouir professionnellement en travaillant sur un projet qui tient à cœur et permet de faire des choix en concordance avec ses valeurs. Cette liberté vient au prix d’un engagement lourd menant à beaucoup d’incertitudes, il faut donc avoir un haut degré de confiance en sa start-up, qui ne peut être fiable qu’au bout d’une certaine maturation. Même si nous avons beaucoup de signes positifs, il reste de nombreux obstacles techniques à franchir. Cependant, nous avons la chance d’avoir lancé cette aventure durant notre année de césure, ce qui limite énormément les impacts sur notre vie future. Il nous reste alors beaucoup de temps pour pousser nos idées jusqu’au bout et nous serons très probablement capables d’évaluer correctement l’avenir de notre projet au moment venu, et de prendre la décision de continuer, ou non, en conséquence.


 

Dirais-tu que c’est une bonne période pour devenir entrepreneur ?

Totalement, nous n'aurions pas pu être mieux accompagnés. Nous sommes dans une période de transition sur de nombreux plans : écologique, énergétique ou encore digital. Les entreprises le savent et misent en partie sur nous, jeunes et étudiants, plus sensibles à ces problématiques. Cela se traduit par le financement de nombreux événements promouvant la création de start-ups et leur développement, qui s'ajoutent à ceux déjà existants organisés par les grandes écoles et les incubateurs. Cette évolution est fortement encouragée par le gouvernement et cela se sent. Ces aides multiples rendent l'entrepreneuriat très accessible, que ce soit pour de petits projets étudiants comme pour de réelles ambitions de création d'entreprise. Cependant, cet engouement semble pour l'instant bien plus poussé sur Paris et sa région et le milieu reste assez masculin malgré les efforts.

A propos de Johan Sassi

Johan SASSI est membre de la promo entrante 2016. Il a réalisé un semestre en alternance au laboratoire M2P2 en aéronautique, avant de se réorienter vers la finance lors de son S8 à NCU, Taïwan. Il s'est engagé dans la startup Circul'Egg lors de sa césure, après un stage en audit financier chez Mazars.